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ARTISTE PEINTRE

BIOGRAPHIE

La couleur comme ligne de fuite

Alain MARCOT, c’est d’abord une voix chaude, enveloppante, douce et expressive, à l’instar de ses œuvres picturales que je découvrirai par la suite. Alain, ou devrais-je dire MARANO - patronyme emprunté à sa chère mère - dégage d’emblée une force vive.

 

Notre rencontre une semaine plus tard me le confirme. C’est là, dans son atelier au Chesnay, que nous écrivons les premières lignes de ce texte. Un texte qui compte. Celui de sa deuxième grande exposition en 7 ans. La précédente eut lieu au même endroit, au sein de la chaleureuse galerie d’Étienne de Causans, rue de Seine, à Paris. La série Flags y était présentée : une série de tableaux acryliques entre abstraction et géométrie qui, par leurs effets de ligne, de grattage et de matière, figuraient des croix. Les croix d’un deuil intime. Car l’art, reconnaît-il, est cathartique.

 

Bien avant, en 1989, MARANO exposa des toiles classiques, élégamment colorées à la peinture à l’huile, qui lui valurent une critique dithyrambique dans la presse et plusieurs prix. Rappelons tout de même que MARANO s’est formé à l’École des Arts Décoratifs à Nice, puis à Paris. Et, bien qu’il ne se consacra pas tout de suite à la peinture, jamais il ne l’abandonnera au cours de sa longue carrière d’architecte d’intérieur. Carrière d’ailleurs prolifique qui l’amena sur les pas de grands noms tels que André Monpoix, Joseph-André Motte et Pierre Guariche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Transmuer la couleur en lumière », Pierre Bonnard

 

Le fil rouge qui relie les périodes artistiques de MARANO s’incarne en une ligne de fuite : la couleur. Il le dit lui-même : « J’utilise la couleur de façon quasi instinctive ; lorsque je réalise mes mélanges sur la toile, ils me viennent sans réfléchir, au fil de mon inspiration. La couleur surgit comme j’ai envie qu’elle surgisse. » N’est-ce pas incroyable ? La couleur surgit comme il a envie qu’elle surgisse. La maîtrise du pigment est telle - tellement amoureuse, je veux dire - qu’elle émane ex nihilo.

 

Des toiles de ses débuts à ses toiles actuelles, MARANO transmue la couleur en lumière par un travail minutieux sur le trait, la profondeur et la densité. Qu’il peigne une nature morte, un bouquet de fleurs, le parc du Château de Versailles, la mer, le ciel et le sable du Touquet, un champ de colza ou un champ de coquelicots, il recherche une figuration qu’il transcende ensuite en un « geste coloré ». Échapper à la forme réelle par la couleur, voilà sa façon d’être libre.

 

Aussi, ne suis-je pas surprise lorsqu’il me révèle son panthéon d’artistes : Matisse, pour sa liberté d’approche ; Gauguin, pour sa symphonie de couleurs ; Nicolas de Staël, pour l’immédiate expressivité de sa peinture ; Picasso, pour ses remises en questions perpétuelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les arabesques chesnaysiennes

 

Après une résidence à Versailles, MARANO dépose ses valises au Chesnay. C’est là que jaillit la genèse des œuvres qui vous entourent aujourd’hui. Un jour où il flânait, il remarque une chaussée envahie de fissures aléatoires, de creux graphiques, si ce n’est street-artistiques. Coïncidence ou pas : à ce moment de sa vie, il a besoin de traduire ses propres blessures, d’exposer ses cicatrices, de se « cautériser ».

 

Comme s’il les avait faites siennes, ces fissures urbaines se transmuent bientôt en lignes, griffures, articulations, arabesques. Il les reproduit sur une toile avec une peinture à l’acrylique noire mat qu’il applique au pinceau. Instinctivement, son bras dessine des arabesques aux courbes douces qui font peu à peu basculer le sens de l’œuvre vers des évocations joyeuses… Et pour contrebalancer la dureté du noir, il utilise une peinture à l’huile déposée à la spatule, dont la brillance apporte une force multi-colorée. Un seul passage suffit pour créer des points de densité uniformes qui attrapent l’œil dans un dédale hypnotique.

 

Soucieux d’insuffler une existence poétique à ses Arabesques, MARANO les baptise, chacune autant qu’elles sont, du nom d’un poème. Les Fleurs du Mal dialoguent ainsi avec les Poèmes saturniens dans une sémantique chromatique qui parvient à interroger le spectateur dans son émotion la plus intime : « Qu’est-ce que je ressens ? ».

 

Bienvenue dans le monde expressif d’un homme de la couleur.

Cécile STROUK, critique d'art - 2018

(c) 2018 - MARANO